Résumé de la thèse

«  Séduire les femmes pour s’apprécier entre hommes. Une socio-anthropologie des sociabilités masculines hétérosexuelles au sein de la Communauté de la séduction en France. »

Dans la conclusion de Masculin/Féminin. La pensée de la différence, Françoise Héritier invite de ses vœux le développement de travaux prenant pour objet principal la masculinité. Déplorant le silence, notamment de l’anthropologie dans ce champ, elle avance que « l’âge d’homme, c’est le trou noir et le référent ultime. » Plus d’une décennie suivant ce constat, l’homme – comme « catégorie socio-sexuée » – est resté caché sous les sciences sociales en dépit du fait que des chercheurs toujours plus nombreux lui consacrent à présent leurs travaux. C’est dans ce contexte scientifique spécifique que j’ai initié un travail ethnographique auprès d’un groupe constitué exclusivement d’hommes hétérosexuels dont l’objectif explicite est l’apprentissage de la séduction des femmes mettant en jeu l’ « expérience masculine ».
Ce groupe, apparu en Californie dans les années 90, est qualifié en France où j’ai mené l’enquête de « Communauté de la séduction ». Originairement organisé en groupe de paroles d’hommes, reprenant le modèle émergeant du coaching et du développement personnel, la Communauté de la séduction s’est progressivement déployée à l’échelle internationale grâce à l’important essor des réseaux sociaux numériques. Considérant cette structuration spécifique, l’enquête s’est portée simultanément sur l’observation des espaces « en ligne » et « hors ligne » où s’apprend la séduction et s’entretiennent les sociabilités de groupe. Le terrain a ainsi consisté à suivre les séminaires consacrés à la séduction organisés par les coachs dans divers espaces parisiens (café, salles de réunion, etc.), ainsi que les discussions conduites entre les apprentis séducteurs sur les sites Internet et les blogs de la Communauté. Afin de compléter ce corpus une série d’entretiens suivis a été menée avec une dizaine d’interlocuteurs durant les trois années de l’enquête. L’importante littérature grise produite par le groupe au travers d’articles et de livres, constitue un dernier mode de recueil des données.
Fondant mes analyses sur une expérience ethnographique de longue durée et multi-située, je montre comment l’entre soi masculin et la production de la masculinité, déterminants implicites et majeurs du groupe étudié, sont masqués sous ce qui finit par apparaître d’avantage comme un prétexte qu’un enjeu : le rapport aux femmes. Postulant que l’invisibilité du masculin n’est pas seulement le résultat de sa « neutralité » sociale – en tant que référent universel – mais une de ses qualités ontologiques, j’interroge les obstacles à une analyse sociologique de la masculinité et l’intérêt épistémologique d’emprunter un concept tel celui de « masculinité hégémonique », reprise de l’hégémonie gramscienne par Raewyn Connell, afin de penser la masculinité comme un processus intriqué dans la question du pouvoir.
En cela, cette thèse apporte un éclairage inédit à l’étude de la masculinité, de l’hétérosexualité et des sociabilités, en ce qu’elle croise empiriquement ces champs, ouvrant à une analyse dynamique et compréhensive de la fabrication du pouvoir.


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